Le bonheur, c’est un truc pour les riches. Allez demander à un érythréen s’il est heureux. Il vous répondra qu’il vit et c’est déjà pas mal. Ne pas être pas être mort, c’est l’essentiel. La vie, c'est leur seul luxe ici bas, disait Brassens.

Alors pour tout ceux qui se demandent le matin, en sortant de leur lit douillet, s’ils sont heureux, voici ma recette pour être heureux.

Recette pour être heureux

Une grosse pinte de réalisme : je vais crever, c'est sûr. Et c'est presque aussi sûr que ça viendra plus vite que je ne le souhaite.

Deux verres à vin de lucidité : la vie n'a aucun sens. Ah si : celui de ne pas être mort. Mais c'est somme toute très provisoire.

Une bouteille d'honnêteté : je suis seul, définitivement et totalement. La preuve, c'est que tu ne comprends pas vraiment ce que je te dis, malgré tous mes efforts. C'est d'ailleurs la seule chose intelligente que Lacan ait dite sur le langage (et sur le reste).

Se laisser secouer (mais pas trop) par la méchanceté (la vraie, la pure, pas diluée). Si on n'en a pas en stock (ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval : on n'a pas tous un Hannibal Lecter, un génocidaire ou un pervers narcissique sous la main), subir sans modération la bêtise humaine (pas la peine de chercher loin, on a déjà la sienne sous la main).

Passer le tout au four (crématoire, cela va sans dire) jusqu'à réduction à l'essentiel : une cendre grisâtre puante et dégueulasse.

En avaler une bonne coupe cul sec, le matin à jeun, au saut du lit. C’est infect. Et crois-moi, tout ce qui peut arriver après, c’est bon à prendre, car rien n'est pire que la vérité.

Alors... Heureux ?