Introduction (passe directement à la recette si ça te saoule. Ne te sens pas obligé de lire mes élucubrations)

Je suis fan de hot-dog de bistrot (dit "hot-dog parisien") depuis mon adolescence. En ce temps-là, ma bonne dame, on servait Rue Royale à Versailles, dans un minuscule bistrot plein à craquer de lycéens, des hot-dogs fantastiques. Une demi-baguette, pas moins, croustillante à souhait, avec une montagne de fromage fondu et gratiné, le tout abritant des saucisses succulentes... Je me souviens encore de la voix de la serveuse qui criait "deux hot-dogs pour la 7 !" avec un accent de titi parisien. Oui, oui, à Versailles, mon bon homme.

Je suis resté depuis ce jour adepte de la chose (du hot-dog, pas de la serveuse, vieux cochon). Et pendant des années, j'ai tenté en vain de reproduire le même hot-dog. Je me disais pendant tout ce temps que c'était à cause de mon four : dans les brasseries ou dans les bistrots, on utilise une salamandre pour gratiner.

Et bien, pas du tout, mon chou ! Il y a quelques temps, Marie-France, la sympathique patronne d'une honnête brasserie du XIIIème arrondissement de Paris, m'a donné le truc. Faut dire qu'elle avait supprimé les hot-dogs de sa carte, et ça, je ne le supportais pas. Et comme dans ces cas là, je peux être, disons, un peu lourd, pour avoir la paix, elle m'a confié cette recette d'une simplicité enfantine. D'ailleurs, mes collègues à table m'ont regardé avec des yeux ronds (surtout le lyonnais, il se reconnaîtra) en me disant "tu ne savais pas ?". Ben non ! Personne ne me l'avait jamais dit. D'ailleurs, ça m'arrive très souvent, et ce, depuis mon plus jeune âge. Les gens se disent tout plein de choses, et ne m'en parlent pas, à moi tout seul. Je les vois bien, baisser la voix quand je passe à leur hauteur. Je les vois bien, échanger ces regards complices et changer de conversation quand je me joins à eux. Je sais bien que vous me cachez tout un tas de secrets du même genre que la recette du hot-dog parisien. Honte à vous ! Ce blog est une tentative pour mettre ce complot en échec. Car je sais que je ne suis pas seul dans ce cas. Bon, je crois que je m'égare. Voilà la recette :

Recette

Ingrédients
  • Une ou des baguettes fraîches, plutôt blanches, c'est mieux (mais pas indispensable). Si elles sont déjà bien cuites, elles vont croustiller plus vite à la cuisson, et même un peu trop. Donc risquer de devenir dures, voire sèches. En fonction de l’appétit, vous pouvez varier la longueur du tronçon de baguette d'une longueur de saucisse à deux saucisses (en passant par la saucisse et demi). Au-delà, ça devient moins raisonnable, mais après tout, c'est vous que ça regarde.
  • Des bonnes saucisses de Strasbourg (appelées knack depuis quelques temps), ou une autre saucisse de cette famille. Les allemands ont un grand nombre de variations sur ce type de saucisses, c'est une question de goût. L'essentiel ici est de choisir une bonne saucisse car dans une recette aussi simplissime, c'est le produit qui fait la différence (à moins d'avoir deux mains gauches et les yeux bandés pendant la réalisation).
  • De l'emmental râpé. Le mieux, bien-sûr est de le râper vous même, mais je ne suis pas têtu sur ce sujet (profitez-en bien, c'est rare).
  • Un peu de lait. Et voilà, c'est là le seul secret : pas de crème fraîche, pas de béchamel. Non, non, Léon. Rien que du lait, c'est lyonnais.
  • De la moutarde si vous aimez.
  • Du poivre, si vous aimez, et de la muscade si vous aimez aussi (variation de mon fils).
Réalisation

C'est vraiment pour dire que j'ai fait une recette, hein. Parce que la plupart des gens vont me dire dans les nombreux commentaires qui ne vont pas manquer d'affluer que vraiment j'abuse d'appeler ça une recette. Et bien, oui j'abuse. Et avec plaisir, qui plus est. Mouhaahahahaaaaaaaa.

Tu mets à pocher les saucisses : fais bouillir de l'eau dans une casserole à la bonne taille (dois-je vraiment préciser tout ça ?) avec un couvercle dessus parce que ça va plus vite et que c'est écoresponsable et que tu vas te servir du couvercle après donc il faudra bien que tu le laves, feignasse. Quand l'eau bout, plonge les saucisses (mais pas tes doigts, même s'ils ressemblent à des chipolatas parce que tu te ronges les ongles, vilain personnage) et coupe le feu, en remettant le couvercle. Tes saucisses vont gentiment pocher, mais prends garde quand même à ce qu'elles n'éclatent pas : jette donc un œil de temps en temps. Si elles te semblent bien cuites et que tu crains qu'elles ne se fendent, tu vides l'eau et tu remets les saucisses dans la casserole avec le couvercle. Je précise tout ça pour le jeune étudiant ou le retraité qui poche des saucisses pour la première fois de sa vie, et il n'y a aucune honte à avoir, je vous vois rigoler au fond de la salle.

Pendant que l'eau chauffait et que les saucisses pochaient, tu n'es pas resté l’œil bovin à regarder ce miracle de la technologie moderne à l’œuvre qu'est la plaque de cuisson. Tu as préparé ton emmental :

  • tu l'as râpé (optionnel s'il l'était déjà préalablement, mais si tu insistes pour râper du gruyère déjà râpé, ça te regarde, je ne suis pas têtu là-dessus, t'ai-je dit) dans un récipient adapté (dois-je vraiment préciser tout ça ?).
  • tu as versé dessus un peu de lait, au pif. Pas la peine d'en mettre beaucoup. Je sais pas, moi, j'ai jamais compté. Disons que pour environ 300 grammes de fromage, je mets, quoi, un demi-verre (pas une chope de bière, idiot, un verre "à moutarde") de lait. Et le premier que je vois utiliser une balance et un verre doseur, dedious, je lui mets ma planche à découper sur ses doigts tendus comme à l'époque. Ici, tu peux mettre un peu de poivre et, si tu aimes l'aventure, un peu de muscade râpée. A doser avec discernement sur cette épice.

Ensuite, tout en ayant surveillé tes saucisses et fait, le cas échéant, ce qui devrait l'être à leur endroit, tu as préparé tes baguettes. Coupées en tronçons de la bonne longueur (pour mes amis poissons rouges, je vous demande de vous reporter aux explications précédentes sur le nombre de saucisses au carré sur le rapport de la longueur du tronçon de baguette), fendues sur le dessus (pas comme un sandouiche, j'ai bien dit sur le dessus) sur toute la longueur, tu as éventuellement mis un peu de moutarde à l'intérieur, que tu as ensuite tapissé généreusement de fromage râpé au lait. Si les saucisses sont prêtes (et elles devraient l'être si tu as respecté le savant ordonnancement proposé dans ce remarquable mode opératoire), tu glisses la ou les saucisses dans la baguette. Tu recouvres généreusement (toujours être généreux, comme disait Monsieur Machin qui l'était depuis son plus jeune âge) de fromage râpé (oui, toujours le même : celui que tu as préparé).

Il ne reste plus qu'à passer à la cuisson : mets donc tes hot-dogs en devenir sur une plaque ou une grille, avec un papier cuisson entre la grille et le hot-dog (dois-je préciser tout ça ?). Le papier cuisson, pour ce genre de choses (et bien d'autres d'ailleurs), c'est mieux que le papier aluminium, mais ce sera pour une autre fois. Four à 180°C déjà chaud (tu auras pensé à l'allumer 10/15 minutes en avance si tu as un vieux four, ou 5 minutes si tu es un riche bobo avec un four à préchauffage rapide), tu enfournes ta grille pour 8-10 minutes de cuisson (si tout va bien, tes bientôt hot-dog sont encore dessus avec le papier cuisson juste en dessous. Sinon, cherche un peu, ils ne devraient pas être loin). Au bout de 8 à 10 minutes, vérifie la couleur du pain, qui ne doit pas être trop rôti, mais un peu quand même, enfin, fais un petit effort ou recommence autant de fois qu'il le faut pour trouver la bonne cuisson, quoi. Si besoin un petit coup de grill en fin de cuisson pour donner le croustillant et le gratiné requis.

Tu sers avec ça une belle crudité, habituellement une belle salade verte. Ce sera pour d'autres billets. Les plus fous d'entre nous accompagnent quand même ce tank calorifique de pommes de terres sautées, voire de frites. A vous de voir, moi, j'ai passé l'âge (en tout cas pour le repas du soir).

Alors tout ça, je vous le garantis, c'est moins d'une heure entre le premier geste et l'assiette, salade lavée et assaisonnée comprise. Et je vous le dis aussi, c't'une vraie tuerie.

Voilà, je suis allé à l'essentiel avec le style sobre et parfaitement ciselé qui me caractérise. Je sais, mon éditeur me reproche souvent d'être un peu trop synthétique.

PS : je vous ai déjà dit que je ne fais pas de placement de produits. Je ne vois pas ce qui vous laisse penser le contraire.