combien tu m'aimesa.jpgJe veux dire les hommes qui aiment les femmes. Je préfère cette expression à la platitude médicale du mot “hétérosexuel”. Ayant renoncé à l’homosexualité (comme j’ai renoncé en son temps à être boucher, astronaute ou président de la république), je ne peux pas parler pour les hommes qui aiment les hommes. C’est un autre mystère qui mériterait que je m’y penche, mais le temps me manque, comme il me manque pour comprendre la théorie des cordes, la philosophie confucianiste ou les moeurs des gibons en captivité. Je ne peux d’ailleurs pas plus parler pour les femmes qui aiment les femmes…

Justement, les femmes, du moins celles qui aiment les hommes, sont celles qui m’intéressent. Les hommes, disais-je, (avec les limites précisées ci-dessus) sont tous des imposteurs. Ils veulent faire croire aux femmes désirées par eux qu’ils ont quelque chose que les autres n’ont pas. C’est ce qui leur permet de dire à cette femme “reste avec moi”. Parce que, évidemment, ils s'imaginent que s’ils désirent cette femme, d’autres hommes la désirent aussi. Et ils ont bien raison de l’imaginer. Dès lors, pourquoi te choisirait-elle, toi, si tu es un homme comme les autres ? Alors, tous, ils font croire qu’ils sont uniques. Parce qu’ils sont plus riches, au sens propre ou intérieurement. Parce qu’ils sont plus beaux, au sens propre ou intérieurement. Parce qu’ils sont plus intelligents, polytechniciens diplômés ou philosophes officiels, ou d’une intelligence si subtile que seule une femme exceptionnelle peut la découvrir. C'est en tout cas ce qu'ils se racontent et ce qu'ils racontent aux femmes.

Mais, à la vérité, les hommes ne sont ni plus uniques ni moins différents entre eux que les herbes de la prairie. Cette prairie dans laquelle une harde de biches vient brouter avec délectation les brins qui hurlent tous “Moi, moi ! Mange-moi !”.

La plupart des hommes, trop fragiles ou trop stupides, croient à leur propre imposture. Ce sont donc des mythomanes. D’autres, moins nombreux, ont renoncé, définitivement ou provisoirement, à être des imposteurs. Ce sont donc des célibataires. Enfin, certains, encore moins nombreux et pour tout dire exceptionnels, bâtissent à partir de leur imposture assumée une immense et magnifique fable. Ce sont des artistes.