NdE : le paragraphe introductif qui suit est de l'humour geek. Si tu ne rigoles pas, c'est que tu n'es pas geek. Même si tu crois l'être : car c'est de l'humour pour les vrais geek. Si tu ne rigoles pas, alors que tu crois être un vrai geek, c'est que tu as un manche à balai mal placé. J'ai un bon podologue pour ça.
Je me vois obligé de commencer par décrypter déchiffrer ce mot : Thraces (de Grèce ou d'ailleurs). On trouve en effet très régulièrement sur Internet des orthographes approximatives pour désigner ce concept : trace, track, etc. Personnellement, je cultive ce côté subtilement désuet (l'âge donne un charme certain auquel des jeunes femmes certaines ne sont pas insensibles, dont ma femme) qui me pousse donc à utiliser l'orthographe historique du mot. En effet, et c'est trop peu connu pour que je ne relève pas le défi de lutter contre cette ignorance répandue, les thraces sur internet trouvent leurs racines dans la plus haute antiquité. Ritcharde Stallman cite cette anecdote dans son premier ouvrage (à paraître depuis 1995, mais c'est vrai que ça traîne), anecdote qui en dit long sur les mœurs qui avaient cours à l'Origine. Je m'en souviens comme si c'était hier. Et oui, votre serviteur était déjà là, en 1993, c'est vous dire mon âge canonique.
Nous étions dans ma petite cuisine (à l'époque, nous étions tous sans le sou, mais ça ne nous empêchait pas de bien rigoler ni de bien manger). Il y avait évidemment Ritcharde, ce crétin de Steve qui ne pensait qu'à fourguer ses grille-pain à tout le monde, ce boutonneux de Guillaume (il a adopté un diminutif anglo-saxon quelques années après) qui ne pensait qu'à piquer les idées de Steve. Il y en avait aussi un dont le prénom m'a toujours échappé : Linix, ou Minus, ou un truc dans le genre. Il devait être suédois naturalisé équatorien, je ne suis plus bien sûr, j'ai des fuites de mémoire (à moins que je confonde avec un autre). Enfin bref, il nous faisait vraiment marrer parce qu'on ne comprenait jamais rien à ce qu'il disait. Au plus il essayait, au moins on comprenait, au plus il s'énervait, au plus on se marrait. Faut avouer qu'à cet âge, on n'est pas bien fin quand on tartuffe des toasts à la sarduffe. Il y en avait encore quelques autres dont j'ai oublié le nom la dernière fois que j'ai changé de téléphone.
Bref, on était tous là à tartiner tranquillement des toasts avec un beurre de sardine dont je vous donnerai la recette le jour où j'aurai retrouvé ma raison mes souvenirs, en buvant un petit blanc de Bourgogne qui finirait plus tard par devenir cher à force de temps (note à moi-même pour plus tard : pense à mettre une marque pour retrouver tous ces potentiels placements de produits pour quand tu auras enfin des milliers de visites par seconde).
C'est à ce moment que fît irruption dans la cuisine une codeuse aussi blonde que gironde qui gronde (relire une virgule deux fois à haute voix pour apprécier la rime) : "qui a mis ce sleep entre mes string ?" Ritcharde, à cette époque, il avait un humour décapant, même à l'état naturel (depuis, on s'est perdu de vue, enfin surtout moi. Si tu trouves sont pseudo sur irc, envoie-le moi, STP). Il lui répondût du tac-au-tac "touche pas au compilateur, salope !". Du coup, on eûmes tous la mâchoire qui s'affalît, même la jolie codinette. Moi, j'étais en train de préparer une révolution dans la salade de tomates : je remplaçais, à cet instant précis, pour la première fois depuis Cro Magno, me croiras-tu, l'huile de tournesol par l'huile d'olive dans la vinaigrette.
Et oui, ça vient de là, l'orthographe historique "thrace". Toi qui voit ça de loin, ça peut te paraître tiré par les cheveux, c't'explication. Et tu as raison, c'est pour ça que Ritcharde les a si longs.

L'adresse Internet

Je t'avais promis, dans le premier billet de cette torride série, de te dire ce que révèle de toi l'adresse internet (adresse IP pour Internet Protocol, Popol). A la fois peu et à la fois beaucoup.

99% des cas : le webmestre moyen (plus ou moins) honnête

Pour eux, il est très difficile de savoir précisément d'où tu te connectes. Ils n'ont accès qu'à l'adresse IP du NRA ou NRO. Kezako ? C'est l'adresse IP de la boite qui regroupe les connexions de ton quartier, de ton bled ou de ton coin. En fonction de la densité de ton bled, ce sont des dizaines, plus souvent des centaines, voire des milliers d'adresses d'abonnés qui sont regroupées derrière l'adresse du NRA/O. Bref, le webmestre moyen n'a pas connaissance de ton adresse IP finale. Note bien qu'avec cette information somme-toute grossière, à l'échelle d'Internet, on peut déjà faire pas mal de choses intéressantes au niveau marketing.

1% des cas (mais ça fait quand même beaucoup de monde) : espion vrai, keuf, y/c d'Hadopi (voire truand du Darknet).

Là, ça se corse. Ces gens-là, sur simple requête (c'est dans ce terme simple requête que se joue le compromis démocratique liberté / sécurité), peuvent demander à ton fournisseur d'accès de faire le lien entre l'adresse IP du NRA/O et l'adresse IP de ton lieux de connexion. En effet, c'est ton fournisseur qui opère ces fameux NRA/O. Donc, en remontant du NRA/O vers ton lieu de connexion à toi, on a grosso modo trois cas.

Tu navigues à partir d'une entreprise

Vu de l'extérieur ton adresse IP est celle, unique, de ton entreprise ou du site de ton entreprise (pour les multinationales). Le lien entre l'adresse IP de ton poste de travail et celle de ton entreprise est connu de son administrateur système et/ou réseau (les beaux infogérants que notre G.I.B. garde à l’œil). En fonction de la politique de sécurité de ton employeur, il peut garder plus ou moins longtemps les journaux qui permettent de faire le lien entre l'adresse IP de ton poste à toi et ce que tu consultes sur internet. Ton anonymat n'est donc que très relatif. Mais dans tous les cas, en France, la Loi oblige ton employeur à t'informer de sa politique de surveillance : ben oui, conserver les traces de tes connexions internet, c'est de la surveillance, même si surveiller ce n'est pas forcément mal. Si à partir de l'adresse IP de ta boite, des choses vraiment trop louches sont faites, une requête lui sera envoyée. Une bonne partie de la démocratie se joue dans ce que la Loi considère comme vraiment trop louche. Et, sans vouloir nourrir la paranoïa ambiante, ta boite va vite fait livrer les thraces dont elle dispose.

Tu navigues à partir d'un téléphone mobile, d'un spot wifi public ou de tout autre truc de ce genre

En fait, ça revient un peu au même que le cas ci-dessus. Sauf qu'ici, l'admin, c'est l'opérateur mobile, la SNCF pour le hotspots des gares, la Mairie de Paris ou de Trémachin... Enfin, tu ne sais pas vraiment ce qu'ils font de tes thraces.

Tu navigues à partir de ton doux logis

Ton adresse IP, dans maintenant presque 100% des cas, est aussi stable que ton adresse postale. Alors, quand tes ados téléchargent illégalement et à ton insu, qui plus est, toutes sortes de choses, c'est toi qui recevra les courriels d'Hadopi si tu n'as pas su les éduquer à être des consommateurs respectueux de la Loi et engagés dans la protection des droits d'auteurs.

Renforcer l'anonymat de mon adresse IP : est-ce possible ?

Oui, avec des moyens plus ou moins payants et plus moins légaux. Ce qui veut dire qu'il existe des moyens parfaitement légaux et gratuits... Mais il faudra faire quelques compromis avec ton confort...

Mais pourquoi vouloir être anonyme ?

Si je suis (presque) totalement protégé des malfaisants et des affreux exploiteurs capitalistes, pourquoi voudrais-je cacher mon adresse IP ? Et bien tout dépend de ta confiance dans l’État. Il est indiscutable qu'en France, nous pouvons avoir bien plus confiance en l’État, que disons... En Chine, ou en Turquie, pour ne citer que ceux-là. Mais la confiance que nous tous, citoyens, accordons à l’État ne peut et ne doit jamais être aveugle... L'Histoire de France (et d'ailleurs) nous en donne de tellement nombreux exemples.

Bon, voilà, Tanin, tu as encore plombé l'ambiance avec tes réflexions pseudo-philosophico-gignolesques. Et bien, on verra la suite de cette fantastique série dans le prochain épisode de...

LES MYSTERES D'INTERNET !
Mouhahahahahaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa